Mobilité solidaire Grand Est : redonner de l'autonomie aux plus vulnérables

La fédération régionale Familles Rurales du Grand Est coordonne et anime des dispositifs locaux de mobilité solidaire au niveau des EPCI. Ces dispositifs de Transport d’Utilité Sociale mettent en relation des conducteurs bénévoles et des bénéficiaires afin de leur permettre d’accéder à leurs rendez-vous médicaux, aux services publics, ainsi qu’aux activités de loisirs ou culturelles.
Marion Ladaique, responsable communication et vie associative du Grand Est, nous en dit plus sur ces services et la manière dont le réseau Familles Rurales est montée en compétence sur ces questions pour devenir aujourd’hui un acteur incontournable de la mobilité solidaire en milieu rural. 

 

1/ Genèse du projet mobilité concerné : par quel(s) dispositif(s) avez-vous identifié le/les besoins ? comment et avec qui avez-vous structuré le projet ? Comment et quand les besoins sont apparus ? pourquoi la solution mise en place vous a paru appropriée ? Où en est-on aujourd’hui de son déploiement et de sa gouvernance ? 

L’histoire de Mobilité Solidaire en Grand Est, c’est d’abord l’histoire d’un besoin très concret des habitants et de la volonté de les accompagner vers une solution solidaire. Tout a commencé en 2012, lorsque le Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle nous a sollicités. Un diagnostic territorial venait de tomber : dans certaines zones, l’offre de mobilité était quasiment inexistante. Les habitants étaient immobilisés, parfois isolés, souvent dépendants. Il fallait agir.

C’est l’association Familles Rurales du Pays de Colombey qui a fait le premier pas. Elle a porté l’expérimentation sur la Communauté de Communes du Pays de Colombey, puis, dès 2015, sur celle du Saintois. Dans le même temps, l’association Familles Rurales Dynam’haut a développé le dispositif sur le Pays Haut. Et, petit à petit, l’idée a fait son chemin.

Grâce à la force de notre réseau, Mobilité Solidaire s’est diffusé naturellement, toujours en réponse à des besoins réels. La Marne en 2018, la Moselle en 2019, les Vosges en 2021, les Ardennes en 2022… et plus récemment l’Aube, en 2024. À chaque fois, le même point de départ : un travail collectif, un diagnostic partagé, un territoire qui dit “nous aussi, nous avons besoin d’une solution.

Ce qui fait la singularité de Mobilité Solidaire, c’est qu’il s’agit d’un projet porté par les habitants, pour les habitants. Il redonne une mobilité à celles et ceux qui n’en ont plus, qu’ils soient en situation de précarité, isolés, ou simplement dépourvus d’autres moyens de transport. Mais nous le constatons chaque jour : ce que les bénévoles offrent va bien au-delà du trajet. Il y a le sourire échangé, la conversation qui fait du bien, l’accès retrouvé aux soins, aux droits, aux courses essentielles… C’est du lien social que nous recréons, du quotidien que nous remettons en mouvement.

Aujourd’hui, Mobilité Solidaire existe dans six départements du Grand Est, avec des portages associatifs ou fédéraux selon les territoires. Et partout, le même esprit demeure : celui d’un projet profondément humain qui remet la mobilité — et l’entraide — au cœur de la vie locale.

 

2/ Opérationnel : quelle organisation interne a été mise en place afin de porter le projet ? A-t-il été facile d’identifier puis de trouver les compétences nécessaires à sa mise en place ? Quels besoins en formation/accompagnement des salariés/bénévoles ont été nécessaires ? Quels freins avez-vous identifiés et comment les avez-vous surmontés ?

Mobilité Solidaire n’arrive jamais “clé en main”. C’est un projet sur mesure, façonné pour le territoire qui l’accueille. Chaque fois, nous repartons des besoins locaux, de la réalité du terrain. Et selon les cas, le projet peut être porté par une association ou directement par la Fédération Familles Rurales. Mais toujours avec un partenaire indispensable : la Communauté de Communes, qui nous soutient dès les premiers pas. Ensuite, à nous de trouver les financements complémentaires pour que le dispositif prenne son envol.

L’une de nos plus grandes forces, c’est clairement le réseau. Nous avançons ensemble, nous mettons en commun nos compétences, on s’inspire mutuellement. Pour aller plus loin nous avons créé un groupe de travail Mobilité Solidaire à l’échelle du Grand Est : un vrai laboratoire d’idées où les porteurs de projets échangent leurs pratiques, mutualisent les outils, créent des passerelles. C’est cette dynamique collective qui nous permet de lever les freins et d’implanter le projet dans de nouveaux territoires.

Et puis il y a nos bénévoles. Ce sont eux qui rendent tout possible. Nous les formons à l’écoute active, les premiers secours, le rappel du code de la route… pour qu’ils soient armés, accompagnés, soutenus dans leur engagement. De leur côté, les salariés gèrent la logistique, les plannings, l’administratif. Une organisation solide qui garantit une prise en charge fluide pour les bénéficiaires, et un vrai appui pour les conducteurs bénévoles.

Dans un souci de qualité de service nous avons aussi fait un choix très clair : maintenir une permanence téléphonique. Beaucoup de nos usagers n’ont pas d’outil numérique ou ne sont pas à l’aise avec. Le téléphone, c’est simple, direct, et ça permet à chacun de demander un trajet sans barrière.

Bien sûr, il nous reste encore des défis à relever. La visibilité du projet, le financement, la pérennisation… Ce sont des sujets sur lesquels nous travaillons. Mais avec l’énergie du réseau, les bénévoles engagés et la force du collectif, nous avançons. Et chaque jour, nous constatons que ça change vraiment la vie des gens.

3/ Quelles collaborations/partenariats ont été mis en place afin de porter cette solution (financement, déploiement opérationnel, communication) ? 

Pour que le projet Mobilité Solidaire prenne vraiment vie sur un territoire, il faut le faire connaître. Et ça, ça passe par une communication multicanal, claire et visible. Pourquoi ? Pour rayonner davantage, pour attirer de nouveaux bénévoles, et pour que les habitants — comme les acteurs locaux — sachent que la solution existe. Les élus, les partenaires, les structures du territoire… ce sont des relais essentiels. Quand ils partagent autour du projet, tout change.

La clé de la réussite, elle est là : dans la co-construction. Nous travaillons main dans la main avec les élus, les associations, les acteurs de terrain. Ensemble, on construit une solution qui répond aux besoins réels. C’est ce travail collectif qui fait que Mobilité Solidaire fonctionne, qu’il prend racine, qu’il dure.

Côté financement, c’est toujours une histoire de territoire. Mais il y a un socle : la Communauté de Communes, souvent en première ligne, puis le Conseil départemental, la CPAM, la MSA… Et selon les missions, nous pouvons nous appuyer aussi sur des fondations, des fonds de dotation, des groupes de protection sociale. C’est ce montage pluriel qui permet au projet de tenir dans la durée.

Mobilité Solidaire, c’est exactement ça : un projet collectif, soutenu, partagé — et qui réussit parce que tout un territoire s’y met.

 

4/ Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur le dispositif déployé ? Quels défis vous restent-ils à relever ?  Si vous aviez un conseil à donner à une association qui souhaiterez se lancer dans ce type de projets/dispositifs ? 

Le projet Mobilité Solidaire a vocation à poursuivre son développement sur les territoires encore non couverts, dès lors que des besoins y sont identifiés. Aujourd’hui, il permet à 1 300 bénéficiaires de se déplacer dans le Grand Est afin de répondre à leurs besoins quotidiens : courses, rendez-vous médicaux, démarches administratives, etc.

Ce projet pourrait être renforcé grâce à une co-construction entre les acteurs d’un même territoire, en vue de développer des actions sociales transversales dédiées à l’accompagnement des publics, notamment des seniors, pour favoriser le bien vieillir en milieu rural.

Cependant, son évolution reste étroitement liée aux orientations des politiques publiques en matière de mobilité sur lesquelles nous avons peu de visibilité aujourd’hui.

En matière de conseil, il est essentiel de partir des besoins du territoire, de réaliser un diagnostic solide pour dimensionner le service, et de s’entourer de partenaires. Au sein du réseau Familles Rurales, nous bénéficions d’une véritable communauté engagée sur les questions de mobilités solidaires, ce qui nous permet de nous appuyer sur des retours d’expérience, des bonnes pratiques et des outils partagés. Un vrai plus !

 

La promotion de ces innovations est soutenue par Aésio mutuelle, partenaire de l’UDES. 

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